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Le Logarithme Népérien



Table des matières


1 Définition et premières propriétés

Nous savons que certaines fonctions réelles ne peuvent pas être primitivées explicitement, c’est-à-dire qu’on ne peut trouver une formule écrite avec un nombre fini d’opérations élémentaires dont la dérivée est prescrite. C’est le cas de la fonction bien connue f : x ↦- → 1-
          x  définie sur ]0, +[ (essayez de l’intégrer !). C’est la raison pour laquelle nous voulons donner un nom à une telle fonction, afin de pouvoir intégrer les fonctions rationnelles (quotients de deux polynômes).
Plus précisément, la fonction f étant continue sur l’intervalle ]0, +[, elle admet une unique primitive F qui s’annule au point 1 et qui est définie par

        ∫ x 1
F (x) =     -dt.
         1  t

Définition 1 La fonction F, définie sur ]0, +[ se note ln dans la littérature française et log dans la littérature anglo-saxone et s’appelle logarithme népérien. On a donc

                  ∫ x 1
∀x >  0,  ln(x) =     -dt.
                   1  t

Nous noterons ici ln cette fonction. De par sa définition, il s’agit d’une fonction dérivable de dérivée

         1
ln′(x) =  -- ∀x  > 0.
         x

Voici la propriété fondamentale du logarithme népérien :

Théorème 1 Pour tous réels a et b strictement positifs, on a la formule

ln(ab) = ln(a) + ln(b).

Autrement dit, la fonction ln transforme un produit en une somme.

DEMONSTRATION : On fixe a > 0 et on considère la fonction fa définie par f (x) = ln(ax)
 a  pour x > 0. f
 a  est la composée de deux fonctions dérivables (à savoir x ↦-→  ax  et ln) donc est elle même dérivable et par la formule de dérivation d’une composée, il vient

          1     1
f′a(x) = a ---= --.
          ax   x

Ainsi les fonctions f
 a  et ln ont la même dérivée et diffèrent donc d’une constante additive. C’est dire qu’il existe c ∈ ℝ  tel que

∀x >  0,  f (x) = ln(x) + c.
           a

En particulier pour x = 1, il vient ln(a) = ln(1) + c = c   ; d’où

∀x >  0,  ln(ax) = ln(a) + ln(x)

ce qui est bien la formule annoncée.

On peut même prouver que ln est la seule fonction continue vérifiant la formule du théorème. On peut déduire de ce qui précède quelques formules utiles dans la pratique.

Corollaire 1 Le logarithme népérien vérifie les propriétés suivantes.

  1. Pour a > 0, ln (1-
a) = - ln(a).
  2. Pour a > 0 et n ∈ ℤ  ,     n
ln(a  ) = nln(a)  .
  3. Pour a,b > 0, on a ln (a-
b) = ln(a) - ln(b).

DEMONSTRATION :

  1. L’idée de la démonstration est la même que celle du théorème précédent. On définit les fonctions f et g sur ]0, +[ par
              (1)
f(x) = ln  -- et g(x) = - ln(x)
           x

    et veut montrer que f = g ; ce qui va être établi en montrant que ces deux fonctions coïncident en un point et ont même dérivée. On calcule

           - 1  1       1
f′x) = ---.----=  - --
       x2  1∕x      x

    et

    g′(x) = - ln′(x) = - -1.
                    x

    De plus, f(1) = ln(1) = 0 et g(1) = - ln(1) = 0 ; ce qui achève la preuve.

  2. On suppose d’abord que n > 0 et on procède par récurrence sur n. La formule est triviale lorsque n = 1. Supposons la vraie pour un certain entier n. Alors on a
    ln(an+1) = ln(aan) = ln(a) + ln(an)

    d’après le théorème fondamental. Et l’hypothèse de récurrence permet de conclure

    ln(an+1) = ln(a) + nln(a) = (n + 1)ln(a).

    Ainsi la formule est vraie pour n 0.
    On applique maintenant cette formule à 1-
a en lieu et place de a ; il vient

    ln (1--)=  ln(a-n) = n ln (1-)=  - n ln(a)
   an                    a

    où on a utilisé le point 1. Cette dernière ligne nous donne la formule lorsque n est négatif.

  3. C’est maintenant évident :
       (a)      ( 1)             (1 )
ln  -- = ln  a-- = ln(a) + ln -- =  ln(a) - ln(b).  □
    b         b                b

2 Limites

On s’intéresse ici aux éventuelles limites de ln à la frontière de son ensemble de définition, c’est-à-dire aux points 0 et +.

Théorème 2 La fonction ln est strictement croissante sur ]0, +[ et on a

 lim  ln(x) = + ∞.
x→+∞

DEMONSTRATION : La première assertion est évidente, la dérivée de ln étant strictement positive. En conséquence, cette fonction possède une limite à l’infini, finie ou infinie. Supposons qu’il s’agisse d’une limite finie que nous notons l. Alors

 lim   ln(2x) =   lim  (ln(2) + ln(x)) = ln(2) + l.
x→+ ∞          x→+ ∞

Mais d’autre part, le théorème de composition des limites fournit

xl→im+ ∞ ln(2x) =  l

d’où l = ln(2) + l et ln(2) = 0, ce qui est absurde car ln(2) > ln(1) = 0 par croissance de ln.

Voici une autre limite qui est très importante.

Théorème 3 On a la limite

      ln(x)
xl→im+ ∞ ----- = 0.
        x

DEMONSTRATION : Soit x > 1. Pour t > 1, on a √ -
  t t et donc 1-
t -1-
√t-. On en déduit

        ∫  x       ∫ x        [    ]
ln(x) =     1dt ≤     √1-dt =  2 √t x = 2√x.-
          1 t       1   t           0

D’où

             √ --
0 ≤ ln(x) ≤ 2--x-=  √2-.
      x       x       x

Puisque   lim   √2--= 0
x→+ ∞   x  , le théorème des gendarmes permet de conclure.

Les deux derniers résultats impliquent le

Corollaire 2 Au voisinage de 0,

lixm→0ln(x) = - ∞  et lxim→0 xln(x) = 0.

DEMONSTRATION : Elle repose essentiellement sur la formule ln (-1
x) = - ln(x). Le changement de variable x = 1-
u donne

                   (1-)
lixm→0ln(x) = ul→i+m∞ ln  u  = ul→i+m∞ - ln(u) = - ∞

d’une part et

lim x ln(x) =   lim  -1ln (1)=    lim  - ln(u) = 0
x→0          u→+ ∞ u     u    u→+ ∞     u

d’autre part.


3 Variations et graphe

Comme nous l’avons vu, la fonction ln est strictement croissante sur ]0, +[ et a pour limite -∞ en 0 et +en +. Elle réalise donc une bijection de ]0, +[ sur ℝ  .

Définition 2 On note e l’unique nombre réel vérifiant ln(e) = 1. Une valeur approchée de e est 2,71828.

Voici le graphe du logarithme népérien.


PIC


4 Dérivation et approximation

Le théorème de dérivation d’une composée nous donne le résultat suivant.

Théorème 4 Si u est une fonction définie sur un intervalle I, à valeurs strictement positives et dérivable sur I, alors ln∘u  est dérivable sur I et

                       u′(x)
∀x ∈ I,  (ln∘u) ′(x) =  -----.
                       u(x)

Par exemple, si on définit la fonction f(x) = ln(x2 - 4x + 5) sur (ceci a un sens car x2 - 4x + 5 > 0 pour tout x) alors f est dérivable et

          2x - 4
f′(x) =  -2---------.
        x  - 4x + 5

Réciproquement, c’est un bon moyen de trouver les primitives de certaines fonctions : celles qui s’écrivent   ′
u-
 u.
Si par exemple on définit h(x) = --2x---
x2 + 1 sur alors les primitives de h sont les fonctions x↦-→ ln(x2 + 1) + C C est une constante réelle.

Puisque la fonction ln est dérivable en 1, le résultat suivant est évident.

Théorème 5 On a

lim  ln(1 +-h) = 1.
h→0     h

Cette formule nous donne en fait une approximation affine de ln au voisinage du point 1. La tangente à la courbe de ln en ce point a pour équation y = x - 1.
Des approximations plus fines peuvent être obtenues. On montrera à titre d’exercice que l’on a

               x2-  x3-  x4-                   x2-  x3-
∀x >  0,  x -  2 +  3  -  4 ≤  ln(x +  1) ≤ x - 2  +  3 .

La courbe bleue foncée représente la fonction x↦-→ ln(1 + x).


PIC



Auteur(s) du document : Stéphane Vento
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